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54 Cours Julien 13006 Marseille

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02 Nov

Ciné-Club : Octobre à Paris

2 novembre 2016, 19h30 - 22h30
prix libre

Un rendez-vous régulier au Café : tous les 1° mercredi du mois à 19h30

Octobre à Paris

(un film de Jacques PANIGEL // fr, 1962, 70′)

À l’occasion de notre ciné-club mensuel, et avec quinze jours de retard, il est encore temps de se souvenir  du funeste 55° anniversaire des événements d’octobre 1961 à Paris, la manifestation des Algériens contre le couvre-feu auxquel ilLEs étaient soumisEs, et de la répression sanglante qui a suivi…

C’est un film rare, un film longtemps interdit. Octobre à Paris de Jacques Panijel est un documentaire consacré à la manifestation des Algériens, le 17 octobre 1961 à Paris, contre le couvre-feu auquel ils étaient soumis, le premier film sur les crimes policiers perpétrés lors des événements en faveur de l’indépendance de l’Algérie.

Il a été fait dans la clandestinité, dans les bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers, et dans le centre de torture de la Goutte-d’Or. Tourné quelques semaines après la marche pacifique qui s’acheva par des milliers d’arrestations et d’assassinats, le film reconstitue à chaud l’événement, donne la parole à ceux qui organisèrent le rassemblement, à ceux qui vécurent la répression sanglante ordonnée par le préfet Maurice Papon, à ceux aussi qui échappèrent à la mort après avoir été jetés à la Seine. Un document exceptionnel.
La vidéo ci-dessous, préambule au film réalisé par Mehdi Lallaoui, écrivain, réalisateur et président de l’association Au Nom de la Mémoire replace ce film dans son contexte.

À propos d’octobre / Octobre à Paris from Les Films de l’Atalante on Vimeo.

 

Jacques Panijel n’était pas cinéaste. Biologiste et chercheur au CNRS, il avait créé avec Pierre Vidal-Naquet et Laurent Schwartz le Comité Maurice Audin, du nom de ce mathématicien torturé à mort par les services français en 1957. Dans un entretien à la revue Vacarmes, à l’été 2000, Jacques Panijel (aujourd’hui décédé) racontait le projet: «J’ai tourné à partir de la fin 61 et pendant six mois dans les bidonvilles et à la Goutte d’or. Sachant ce qu’avaient été ces journées, il fallait que je les fasse revivre à l’intérieur même du bidonville (…). Le film est conçu comme une tragédie en trois actes : avant, pendant, après : l’organisation et le départ de la manifestation que nous avons pu reconstituer, la manifestation racontée par des photographies, et les témoignages filmés après la manifestation. Il fallait retrouver des hommes qui avaient échappé de justesse à la mort ; retrouver des gens qui avaient été balancés à la Seine et s’en étaient sortis.» (Lire l’entretien réalisé par Jean-Philippe Renouard & Isabelle Saint-Saëns en cliquant ici)


17 octobre 1961, les faits. 

Le 5 octobre 1961, alors que se déroulent les dernières négociations pour mettre un terme à la guerre d’Algérie, le préfet de Paris Maurice Papon «déconseille» aux Nord-Africains de sortir entre vingt heures trente et cinq heures trente. La fédération de France du FLN organise alors pour le 17 octobre une marche pacifique en famille et en habits du dimanche dans Paris, sans armes et avec l’ordre de se disperser à la moindre charge policière. La manifestation de trente mille personnes environ sera réprimée de la manière la plus féroce, et se prolongera toute une semaine par des internements inhumains dans des camps, des stades et des salles de concert, et des interrogatoires usant de la torture en plein Paris. Tous les historiens s’accordent sur la responsabilité de l’État dans ces massacres et sur un bilan de onze mille arrestations, plus de trois cents morts, des centaines d’expulsions.

Pour l’heure, et après un communiqué et un discours du président de la république reconnaissant timidement les faits en 2012, pas d’excuses officielles ni d’ouverture des archives de la préfecture de police à l’horizon (pour + d’infos, voir entre autres la page wikipédia de l’événement)…


Histoire d’un film.

Dans son grand entretien accordé en 2000 et lisible ici dans son intégralité, Jacques Panijel raconte. Se rendant ce soir-là à une réunion du Comité Maurice Audin, il assiste à l’horreur de la répression sur les Champs-Élysées et les Grands Boulevards. Aussitôt, il propose au Comité de produire un film sur ces événements. Le comité cherche d’abord un grand nom de la Nouvelle Vague mais, sauf Jean Rouch qui voulait tourner en équipement léger, personne ne répond positivement à l’invitation. Bien qu’inexpérimenté, Jacques Panijel réunit autour de lui une équipe de militants et des techniciens: l’ouvrier communiste des usines Renault Jacques Huybrecht, les cinéastes Yann Le Masson, Pierre Clément, René Vautier. Prolongeant ainsi la grande tradition du cinéma ouvrier (Ciné-Liberté du temps du Front Populaire ou Cinépax avec Paul Carpita), le film est financé par les fonds du comité Audin, le bulletin Vérité-Liberté (mai 1960 – juillet 1962) — fondé par Robert Barrat, Pierre Vidal-Naquet, Paul Thibaut et Jacques Panijel, où fut publié le Manifeste des 121 —, et plus secrètement par la Fédération de France du FLN.
Une fois tourné et monté dans les conditions que Jacques Panijel rapporte, le film est présenté pour la première fois au Ciné-club Action, à Paris, en mai 1962 et aussitôt saisi.  Octobre à Paris n’obtint son visa d’exploitation qu’en 1973, après la grève de la faim du cinéaste René Vautier (Avoir 20 ans dans les Aurès, 1972). Mais l’auteur exige que le film soit désormais précédé d’une introduction visant à qualifier cet événement en «Crime d’État». Ce n’est qu’après sa mort (12 septembre 2010), que Gérard Vaugeois — disposé dès la tenue du procès Papon en 1997 à sa diffusion en salles via Les Films de l’Atalante — parvient à un accord avec le fils et la veuve du cinéaste.

 

Détails

Date : 2 novembre 2016, 19h30 - 22h30
Heure : 19h30 - 22h30
Où ? : Au Café !
Adresse : 54 Cours Julien
Organisé par : Le Groupe Prog du Café